« Le conseil de l’Ordre des médecins doit agir en faveur du Dr Abu Safiya et de ses pairs, emprisonnés en Israël »
En tant que médecins, et au nom du serment prêté avant d’être autorisés à exercer, nous nous interrogeons sur l’absence totale de prise de position claire, en son nom, par le conseil de l’Ordre des médecins (CNOM) concernant les violations graves du droit humanitaire international à Gaza par l’État d’Israël.
Nous nous interrogeons également sur l’absence de soutien public apporté à nos confrères palestiniens emprisonnés sans procès, et soumis à la torture dans le cadre de cette détention arbitraire, alors même que notre communauté professionnelle est soumise à un devoir déontologique de confraternité et de solidarité.
Ce silence est d’autant plus inconcevable qu’il participe à permettre l’impunité de ces faits graves, allant jusqu’à la mort de certains de nos confrères sous la torture, comme le Dr Adnan Al Bursh, et évidemment sous les bombes. Car, pour mémoire, plus de 1 500 soignants ont été tués dont au moins 150 médecins à Gaza, et plusieurs centaines de soignants ont aussi été tués au Liban.
Des morts sous les bombes et sous la torture
Le CNOM justifierait l’absence de prise de position publique du conseil par une adhésion aux communications de l’Association Médicale Mondiale (AMM).
Pourtant, à défaut de prendre position en son nom propre, ce qui constitue déjà une source d’interrogations fortes concernant sa capacité à défendre réellement nos engagements déontologiques, le CNOM n’a jamais relayé les prises de position et condamnations de l’AMM ni par information mail, ni dans le bulletin de l’Ordre, ni même sur son site internet.
Cela nous interpelle d’autant plus qu’il ne s’agit pas d’une politique de principe de l’Ordre des médecins : lors de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, il a réagi rapidement, sans équivoque, et à juste titre, pour apporter un soutien fort à nos confrères et consœurs ukrainiens ainsi qu’à la population civile dont la mise en danger était aggravée par les ciblages du système de santé.
L’Ukraine, contre-exemple accablant
Le CNOM considère-t-il que nos confrères et consœurs de Palestine ne méritent pas le même niveau de soutien que celles et ceux d’autres nationalités ? Le cas échéant, nous sommes en droit d’avoir une explication à ce sujet.
Ou bien le CNOM n’assumerait-il pas le soutien qu’il nous indique pourtant avoir à l’égard des soignants palestiniens ? Là encore, nous sommes en droit d’avoir une explication claire si cela devait être le cas.
Le conseil de l’Ordre revendique la mission de fédérer l’ensemble des médecins, et de dialoguer avec les pouvoirs publics. Pour fédérer, il faut écouter et accepter de nous rencontrer pour discuter de ce sujet.
Un génocide est en cours. Nos confrères et consœurs, fidèles à leur engagement déontologique, continuent d’accomplir leurs missions au péril de leur vie, en étant des cibles ouvertement désignées. Dans ce contexte, exprimer et incarner la solidarité et la confraternité internationales qu’impliquent les textes dont le CNOM est signataire, en premier lieu la déclaration de Genève, devrait relever de l’évidence.
Appeler d’urgence à la libération de nos consoeurs et confrères
Il est indispensable que le Conseil de l’Ordre prenne ces actions et engagements publiquement, d’une voix forte et claire, comme cela a été fait après l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
Médecins sans frontières interpelle aussi de longue date le CNOM, qui a certainement reçu plusieurs courriers ces derniers jours, dans le cadre d’une campagne à laquelle nous souscrivons pleinement.
Le CNOM doit, a minima, appeler à la libération de nos confrères et consœurs emprisonnés parce qu’ils ont choisi de soigner. Leur vie est actuellement en danger immédiat.
Plus largement, le CNOM, conformément au Code international d’éthique médicale, doit activement demander aux pouvoirs publics qu’ils entreprennent toutes les actions auxquelles notre pays est engagé en tant que signataire de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide.
Les signataires de cette tribune invitent les médecins intéressés à télécharger ici un modèle de courrier pour l’envoyer au CNOM.
Cet appel a paru dans la rubrique « A vif! » du journal La Croix le 13 octobre 2026. L’article est accessible à https://www.la-croix.com/a-